Un partenariat inédit entre la commune de Fronton et le CHU de Toulouse est en train de dessiner une nouvelle manière d’aborder le vieillissement au quotidien. Pour la première fois, les chercheurs du Gérontopôle sortent du cadre hospitalier pour venir directement à la rencontre des habitants. Leur objectif est clair : faire de chacun un véritable acteur de sa santé, prévenir plutôt que guérir, et construire un écosystème local du bien-vieillir fondé sur la proximité et l’innovation.
Cette démarche s’inscrit pleinement dans une priorité majeure de la municipalité. « Adapter durablement la ville au vieillissement de sa population, renforcer la collaboration avec les professionnels de santé du territoire et accompagner les habitants vers l’acquisition d’une véritable culture de la prévention est une nécessité à laquelle nous devons nous atteler dès aujourd’hui », confirme Hugo Cavagnac, maire de Fronton et président de la CC du Frontonnais, porteur de ce partenariat innovant.
Le 18 février, au Préau des Chevaliers de Malte, quatre spécialistes du Gérontopôle de Toulouse viendront expliquer au public les enjeux du vieillissement et les bienfaits de l’activité physique.
Dr. Gabor Abellan Van Kan, gériatre, et Dr. Eva Peyrusqué, spécialisée dans le vieillissement, l’oncologie et l’activité physique adaptée au CHU de Toulouse, ont répondu à nos questions.
« La science ne doit pas être confinée à l’hôpital »
Pourquoi avoir choisi Fronton comme terrain de partenariat entre le CHU de Toulouse et une collectivité locale ? Quelle est l’ambition pour les habitants ?
Parce que l’innovation en santé n’a pas vocation à rester confinée à l’hôpital. En travaillant avec Fronton, le CHU de Toulouse fait le choix du terrain, du concret et du quotidien. L’objectif est simple : transformer les avancées de la recherche en actions visibles et utiles pour les habitants.
Ce partenariat s’appuie aussi sur un lien de confiance et d’amitié entre des membres du Gérontopôle et la municipalité, ce qui facilite une collaboration étroite et pragmatique.
Notre ambition est claire : permettre aux habitants de vivre plus longtemps en bonne santé, en renforçant la prévention, l’autonomie et le lien social, directement là où ils vivent.
« Nous voulons construire un écosystème local du bien vieillir »
À qui s’adresse ce programme de partenariat ? Aux aînés, aux seniors de demain, aux élus, aux professionnels de santé ?
Nous nous adressons à tous, mais avec une priorité forte : le bien vieillir. Il s’agit d’accompagner les aînés d’aujourd’hui pour préserver leur autonomie et améliorer leur qualité de vie. Il s’agit aussi de préparer les seniors de demain en anticipant les risques et en encourageant des comportements favorables à la santé. Les aidants, dont le rôle est essentiel, doivent être mieux soutenus et accompagnés. Les professionnels de santé bénéficient des meilleures pratiques issues de la recherche, et les élus locaux sont accompagnés pour construire un environnement réellement adapté au vieillissement.
Notre objectif est de créer un véritable écosystème local du bien vieillir, où chacun — habitants, professionnels, associations et collectivités — a un rôle à jouer.
« Si la science ne change pas les comportements, elle reste théorique »
Quel est votre plus grand défi pour traduire la complexité de la biologie du vieillissement en conseils simples et applicables ?
Notre plus grand défi, c’est de passer du microscope au message simple. La biologie du vieillissement est complexe et multifactorielle, mais les leviers sont connus et scientifiquement validés : bouger régulièrement, bien s’alimenter, stimuler son cerveau, maintenir du lien social.
Le vrai travail du chercheur aujourd’hui ne consiste pas seulement à produire des connaissances, mais à les traduire en messages clairs, concrets et motivants. Si la science ne change pas les comportements, elle reste théorique. Notre objectif est qu’elle soit utile au quotidien.
« Nous devons construire une culture de la prévention »
Comment collectivités et soignants peuvent-ils collaborer pour transformer nos habitudes de vie ?
Nous avons longtemps eu une culture du soin. Nous devons désormais construire une culture de la prévention. Les pouvoirs locaux peuvent agir sur l’environnement : mobilité douce, accès au sport, alimentation, espaces de rencontre, lutte contre l’isolement. Les soignants, eux, peuvent intégrer la prévention dans chaque consultation en valorisant les comportements protecteurs.
Lorsque collectivités et professionnels de santé travaillent ensemble, on passe de conseils individuels isolés à une véritable stratégie territoriale du bien vieillir. L’enjeu n’est pas seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre plus longtemps en autonomie et en bonne santé.
« La génétique n’explique qu’un quart du vieillissement »
Sommes-nous vraiment acteurs de notre vieillissement ? La génétique est-elle une fatalité ?
Nous ne choisissons pas nos gènes, mais nous choisissons en grande partie la façon dont ils s’expriment. La génétique compte, bien sûr, mais elle n’explique qu’environ 25 % du vieillissement. L’environnement, l’activité physique, l’alimentation, le sommeil et le lien social ont un impact majeur.
On ne peut pas « reprogrammer » totalement son vieillissement, mais on peut clairement en influencer la trajectoire. Vieillir n’est pas une fatalité passive : c’est un processus sur lequel nous avons un véritable pouvoir d’action.
« L’activité physique est un médicament puissant contre le vieillissement »
Quels seraient, selon vous, les trois piliers scientifiques d’un vieillissement réussi ?
Bouger régulièrement, car l’activité physique est le médicament le plus puissant contre le vieillissement fonctionnel. Nourrir son corps et son cerveau, grâce à une alimentation équilibrée et à la stimulation cognitive. Entretenir le lien social, car l’isolement est un facteur de risque majeur et le lien un facteur de protection.
« L’activité physique, c’est simplement bouger régulièrement »
Pourquoi parler d’activité physique plutôt que de sport ? Marcher compte-t-il autant que courir un marathon ?
Nous parlons d’activité physique parce qu’elle est plus large et plus inclusive que le sport. Le sport suppose parfois performance ou compétition. L’activité physique, c’est simplement bouger : marcher, jardiner, monter des escaliers, danser…
Et oui, marcher compte énormément. Pour la santé et l’autonomie, une marche régulière vaut souvent bien plus qu’un marathon exceptionnel. Ce qui protège, ce n’est pas l’exploit, c’est la régularité.
« Il n’est jamais trop tard, le corps s’adapte »
N’est-il pas trop tard à 70 ou 80 ans ? Mieux vaut bouger un peu chaque jour ou faire un effort intense une fois par semaine ?
Il n’est jamais trop tard. Même à un âge avancé, le corps reste capable de s’adapter. On peut encore gagner en force, en équilibre et en capacité respiratoire à 70, 80 ans et plus.
La règle d’or, c’est la régularité : bouger un peu tous les jours est bien plus bénéfique qu’un effort intense et isolé. L’idéal est une activité modérée quotidienne, complétée par du renforcement musculaire et des exercices d’équilibre deux fois par semaine.
« On ne subit plus le vieillissement : on le surveille, on l’anticipe »
Comment le programme ICOPE permet-il aux habitants de Fronton de surveiller leurs « 6 capacités intrinsèques » ?
ICOPE repose sur une idée simple mais révolutionnaire : ne plus attendre la dépendance pour agir. Le test évalue six fonctions essentielles — la vision, l’audition, la nutrition, la mobilité, la mémoire et le moral — qui sont les véritables capteurs de l’autonomie.
Lorsqu’une capacité commence à diminuer, même légèrement, cela constitue un signal d’alerte précoce. Le dispositif est simple, rapide, accessible et reproductible. Il peut être réalisé en autonomie ou avec des professionnels formés.
À Fronton, cela signifie que chaque habitant peut devenir acteur de sa propre santé. On ne subit plus le vieillissement : on le surveille, on l’anticipe, on intervient tôt. L’objectif est d’éviter la bascule brutale vers la perte d’autonomie et de faire de la prévention un réflexe collectif.
